Retour à domicile
Après une hospitalisation, pourquoi une personne âgée peut-elle avoir autant perdu physiquement ?
Quelques jours ou semaines d'hospitalisation peuvent suffire à fragiliser une personne âgée. Douglas explique pourquoi les capacités diminuent si vite et comment reprendre progressivement.

Il arrive qu'une famille soit surprise par l'état physique d'un parent après une hospitalisation. Avant son entrée à l'hôpital, il se déplaçait seul, sortait régulièrement, montait ses escaliers ou faisait encore ses courses. Quelques jours ou quelques semaines plus tard, marcher semble demander beaucoup plus d'efforts, se relever d'une chaise devient difficile et la fatigue apparaît pour des activités qui étaient jusque-là ordinaires.
Le contraste peut être impressionnant, parfois au point de donner l'impression que la personne a "pris dix ans" en quelques semaines.
Cette perte de capacités n'est pourtant pas forcément le signe d'une dégradation définitive. Une hospitalisation peut réunir plusieurs facteurs qui fragilisent rapidement une personne âgée : la maladie ou l'intervention elle-même, bien sûr, mais aussi l'inactivité, la fatigue, la modification des habitudes et parfois une perte de confiance.
Comprendre ce qui s'est passé permet aussi de mieux envisager la suite.
Quelques jours d'inactivité peuvent avoir des conséquences importantes
Pendant une hospitalisation, le niveau d'activité quotidienne peut chuter brutalement.
Une personne qui, chez elle, se levait plusieurs fois par jour, préparait ses repas, allait chercher son courrier, faisait quelques courses ou se promenait un peu, peut se retrouver à passer une grande partie de ses journées assise ou allongée.
Or ces activités ordinaires représentent déjà une forme d'entretien physique.
Chaque fois que nous nous levons d'une chaise, les muscles des jambes travaillent. Marcher sollicite les muscles, l'équilibre et la coordination. Monter un escalier demande de la force. Porter un sac de courses fait travailler le haut du corps et le tronc.
Lorsque toutes ces sollicitations diminuent fortement, l'organisme s'adapte à cette nouvelle situation. Les muscles sont moins sollicités et les capacités physiques peuvent diminuer.
Chez une personne qui disposait déjà de peu de réserve physique avant son hospitalisation, cette diminution peut devenir très visible.
Une petite perte de force peut alors faire une grande différence. Elle peut représenter la différence entre se relever facilement d'un fauteuil et devoir pousser fortement sur les accoudoirs, entre monter les escaliers normalement et devoir s'arrêter, ou entre sortir seul et ne plus se sentir suffisamment sûr pour le faire.
La force n'est pas la seule capacité qui peut diminuer
Après une période d'inactivité, on pense souvent d'abord à la perte musculaire. Elle compte, mais elle n'explique pas tout.
La marche elle-même peut devenir moins fluide. Les pas peuvent être plus courts, les déplacements plus hésitants. L'équilibre peut sembler moins sûr. Un effort auparavant banal peut provoquer davantage d'essoufflement ou de fatigue.
Certains mouvements perdent également leur caractère automatique.
Avant l'hospitalisation, la personne ne réfléchissait probablement pas à la manière de se lever de son lit ou de franchir une marche. Après plusieurs semaines difficiles, ces gestes peuvent demander beaucoup plus d'attention.
C'est l'ensemble de ces petites modifications qui peut donner l'impression d'une perte physique considérable.
Il y a aussi ce que la personne vient de vivre
Une hospitalisation n'est pas uniquement une période d'inactivité physique.
Il peut y avoir la douleur, la maladie, une intervention, des nuits difficiles, une alimentation perturbée, la fatigue, l'inquiétude ou simplement la rupture brutale avec le quotidien.
Le retour à domicile ne signifie donc pas nécessairement que tout redevient immédiatement comme avant.
Certaines personnes rentrent chez elles fatiguées et appréhendent davantage leurs déplacements. Elles peuvent avoir peur de tomber, de ressentir une douleur ou de ne pas réussir un mouvement.
Cette prudence est compréhensible. Mais elle peut parfois entraîner une nouvelle diminution de l'activité.
Une personne qui ne se sent plus très sûre marche moins. Parce qu'elle marche moins, elle sollicite moins ses jambes et son équilibre. Les déplacements deviennent alors encore plus difficiles, ce qui peut renforcer son hésitation à bouger.
Un cercle peut progressivement s'installer.
Le changement des habitudes compte beaucoup
Les capacités physiques ne sont pas entretenues uniquement pendant une séance de sport.
Elles le sont aussi à travers tous les gestes du quotidien.
Après une hospitalisation, certaines habitudes disparaissent parfois. Une personne qui sortait chercher son pain se le fait désormais apporter. Les proches prennent en charge les courses. Elle utilise moins les escaliers. Elle reste davantage assise parce qu'elle se fatigue rapidement.
Cette aide peut être nécessaire, notamment au début. Mais lorsque l'état de santé le permet, retrouver progressivement certaines activités quotidiennes peut participer à la récupération.
L'objectif n'est évidemment pas de mettre la personne en difficulté pour la forcer à se débrouiller seule. Il s'agit plutôt d'éviter que l'aide apportée ne remplace durablement des capacités qu'elle pourrait encore utiliser ou retrouver.
Cette nuance est particulièrement importante pour préserver l'autonomie.
Est-il possible de récupérer ce qui a été perdu ?
Dans de nombreuses situations, une partie des capacités physiques perdues pendant une période d'inactivité peut être récupérée.
L'âge ne supprime pas la capacité du corps à s'adapter à l'exercice. La progression peut simplement demander davantage de temps et doit tenir compte de l'état de santé, du niveau de départ et de ce que la personne vient de traverser.
Il n'existe donc pas de délai de récupération valable pour tout le monde.
Après une hospitalisation, l'objectif n'est pas nécessairement de reprendre immédiatement une activité sportive telle qu'on l'imagine habituellement. Les premières étapes peuvent être beaucoup plus simples.
Se lever plusieurs fois d'une chaise avec davantage d'aisance. Marcher quelques minutes sans que cela représente un effort considérable. Retrouver suffisamment de force dans les jambes pour franchir une marche. Améliorer progressivement son équilibre. Pouvoir de nouveau sortir de chez soi.
Ces progrès peuvent paraître modestes vus de l'extérieur. Pour la personne concernée, ils peuvent changer énormément de choses dans la vie quotidienne, comme continuer à faire ses courses.
Reprendre au bon niveau
L'une des erreurs serait de vouloir reprendre exactement au niveau d'avant l'hospitalisation.
Si les capacités ont diminué, le point de départ a changé. La reprise doit donc partir des capacités présentes aujourd'hui, même lorsqu'elles semblent très éloignées de celles d'avant.
C'est particulièrement vrai chez les personnes âgées que j'accompagne à domicile. Mon travail consiste alors à adapter les exercices à ce que la personne peut réellement faire : retrouver progressivement de la force, travailler l'équilibre, améliorer la mobilité et remettre le corps en mouvement dans des conditions suffisamment sécurisantes.
La difficulté doit être suffisante pour provoquer une adaptation, mais compatible avec les possibilités de la personne. Au fil des progrès, elle peut ensuite évoluer.
Cette progressivité permet également de redonner des repères. Réussir aujourd'hui un mouvement qui semblait difficile quelques semaines auparavant montre concrètement que les capacités peuvent évoluer.
Quand faut-il demander un avis médical ?
Une perte physique après une hospitalisation peut avoir plusieurs causes et l'inactivité n'est pas toujours la seule explication.
Une fatigue très importante ou persistante, des douleurs nouvelles, des vertiges, un essoufflement inhabituel, une aggravation rapide des capacités ou tout autre symptôme préoccupant justifient d'en parler avec le médecin ou le professionnel de santé qui suit la personne.
Après certaines maladies, fractures ou interventions, la reprise peut également nécessiter une rééducation ou des précautions particulières.
Le rôle du coaching sportif intervient dans un autre cadre : lorsque l'activité physique est possible, il peut accompagner progressivement le retour de la force, de la mobilité, de l'équilibre et des capacités nécessaires à la vie quotidienne.
Une perte rapide n'est pas nécessairement définitive
Voir un parent rentrer d'une hospitalisation considérablement diminué peut être déstabilisant. Pour la personne elle-même, constater qu'elle ne réussit plus certains gestes autrefois évidents peut l'être encore davantage.
Il faut prendre cette perte de capacités au sérieux, sans pour autant considérer immédiatement qu'elle correspond à un nouvel état définitif.
Lorsque l'état de santé le permet, remettre progressivement du mouvement dans le quotidien et solliciter à nouveau les capacités physiques peut permettre d'en retrouver une partie. Le rythme et l'ampleur de cette récupération restent propres à chacun.
Le premier objectif n'est d'ailleurs pas toujours de "retrouver son niveau". Il peut simplement être de récupérer une capacité concrète : se relever plus facilement, marcher avec davantage d'assurance, reprendre ses escaliers ou pouvoir de nouveau sortir.
C'est souvent à travers ces gestes ordinaires que l'on mesure le mieux le retour vers davantage d'autonomie.


