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Chutes et équilibre

Après une chute, retrouver confiance peut être aussi important que retrouver de la force

Après une chute, la peur de retomber peut freiner autant que le manque de force. Douglas explique comment force, équilibre et confiance se reconstruisent ensemble, étape par étape.

Par Douglas Petigny
Un homme âgé au bord du lac Léman, se relevant d'un fauteuil, montant un escalier et marchant au bras d'une femme

Après une chute, certaines personnes récupèrent physiquement assez vite. Les douleurs disparaissent, la blessure éventuelle guérit, la force revient progressivement. Pourtant, quelque chose a changé.

Une personne qui sortait seule hésite désormais à le faire. Elle évite un escalier qu'elle empruntait auparavant sans y penser. Elle marche plus lentement, cherche davantage les appuis, renonce à certaines activités ou préfère attendre la présence de quelqu'un pour effectuer un déplacement.

La chute est terminée, mais la peur de tomber à nouveau reste présente.

Je rencontre régulièrement cette situation chez les personnes que j'accompagne. Même lorsqu'une chute n'a pas entraîné de blessure importante, elle peut modifier profondément la manière de bouger et la confiance que l'on accorde à ses propres capacités.

Retrouver de la force et de l'équilibre est alors nécessaire. Mais il faut aussi retrouver progressivement la conviction que l'on est encore capable de faire les choses.

Une chute peut changer la perception de ses propres capacités

Avant une première chute, marcher dans la rue, descendre quelques marches ou se relever d'une chaise sont souvent des gestes auxquels on ne réfléchit pas.

Après une chute, ces mêmes situations peuvent devenir sources d'inquiétude.

La peur ne concerne d'ailleurs pas toujours uniquement la chute elle-même. Certaines personnes craignent surtout ses conséquences : se faire mal, ne pas réussir à se relever, rester au sol sans pouvoir appeler quelqu'un ou perdre une partie de leur autonomie.

Ces inquiétudes sont compréhensibles. Une chute peut révéler brutalement une fragilité dont on n'avait pas forcément conscience jusque-là.

Le problème apparaît lorsque cette peur conduit progressivement à éviter de plus en plus de situations.

On sort moins. On marche moins. On évite les escaliers. On demande de l'aide pour des gestes que l'on réalisait auparavant seul. Certaines personnes finissent même par renoncer à des activités qu'elles apprécient encore et qu'elles seraient pourtant capables de reprendre progressivement.

Cette réduction de l'activité peut avoir des conséquences physiques. Moins on sollicite ses jambes, son équilibre et sa mobilité, moins on entretient ces capacités. La personne peut alors se sentir encore moins sûre d'elle, ce qui renforce son envie d'éviter certaines situations.

La peur et la perte de capacités peuvent ainsi s'entretenir mutuellement.

Retrouver confiance ne consiste pas simplement à se rassurer

Dire à quelqu'un "tu peux le faire" ne suffit pas toujours.

Après une chute, la confiance se reconstruit surtout à travers l'expérience. Il faut pouvoir constater, concrètement, que certains gestes sont à nouveau possibles.

Cela peut commencer très simplement : se lever d'une chaise sans difficulté, rester debout avec davantage de stabilité, marcher dans son appartement sans chercher constamment un appui, franchir une petite marche ou sortir quelques minutes accompagné.

Ce sont des gestes ordinaires. Pourtant, après une période de perte d'autonomie, leur réussite peut avoir beaucoup d'importance.

La personne ne se contente plus d'entendre qu'elle progresse. Elle le constate elle-même.

"J'arrive à me relever."

"Je peux faire ce trajet."

"Je me sens plus stable."

"Je peux à nouveau sortir."

Chaque réussite apporte une information concrète sur ses capacités actuelles.

Retrouver des capacités avant de chercher à repousser ses limites

La confiance doit toutefois reposer sur quelque chose de réel.

Si une personne manque encore beaucoup de force dans les jambes ou présente des difficultés importantes d'équilibre, lui demander simplement d'avoir moins peur n'aurait pas beaucoup de sens.

Le travail physique et le travail sur la confiance avancent donc souvent ensemble.

Renforcer les jambes peut faciliter le passage de la position assise à la position debout. Travailler l'équilibre peut permettre de mieux gérer un changement de direction ou un petit déséquilibre. Retrouver de la mobilité peut rendre certains mouvements moins difficiles. Répéter la marche dans des conditions adaptées permet progressivement de retrouver des sensations plus familières.

L'objectif n'est pas de supprimer toute prudence. Après une chute, certaines précautions peuvent être parfaitement justifiées.

Il s'agit plutôt de faire correspondre progressivement la perception que la personne a de ses capacités avec ce qu'elle est réellement capable de faire aujourd'hui.

La progression passe souvent par des victoires très simples

Dans mon travail auprès des seniors à domicile, je cherche rarement à commencer par ce que la personne faisait avant sa chute.

Je préfère partir de ce qu'elle peut faire aujourd'hui.

Une personne qui n'ose plus sortir seule n'a pas nécessairement besoin de commencer par une longue promenade. Le premier objectif peut être de retrouver une marche suffisamment sûre à l'intérieur de son logement. Ensuite, elle pourra parcourir le couloir de l'immeuble, sortir quelques minutes accompagnée, puis augmenter progressivement la distance lorsque ses capacités et son assurance le permettent.

Cette progression peut paraître lente vue de l'extérieur. Pour la personne concernée, chaque étape réussie compte.

Il en va de même pour les escaliers. Avant de vouloir monter plusieurs étages, il peut être nécessaire de retrouver suffisamment de force pour se relever facilement d'une chaise, puis de travailler une marche dans un environnement sécurisé.

Ces étapes permettent de progresser physiquement, mais elles évitent également d'accumuler des expériences d'échec qui pourraient renforcer la peur.

L'histoire de Guy : retrouver la marche, puis retrouver son autonomie

Guy avait 92 ans lorsqu'il est tombé en se dépêchant pour ne pas rater son train. La chute a provoqué une fracture du fémur.

Après cet accident et plusieurs mois sans parvenir à se déplacer seul, les conséquences n'étaient plus seulement physiques. La résignation s'était progressivement installée et son goût de vivre s'était estompé.

Lorsqu'une personne a toujours été autonome, dépendre soudainement des autres pour se déplacer peut être particulièrement difficile à vivre.

La récupération de Guy s'est faite progressivement, avec une prise en charge adaptée et un travail régulier. Il a pu recommencer à marcher, retrouver des capacités physiques, mais également reprendre confiance dans ce qu'il était capable de faire.

Petit à petit, la marche n'a plus été uniquement un exercice. Elle est redevenue un moyen de vivre sa vie.

Aujourd'hui, Guy a retrouvé son autonomie. Son parcours fait partie des histoires de personnes que j'accompagne.

Son histoire ne signifie évidemment pas que toutes les personnes ayant subi une chute ou une fracture connaîtront la même évolution. L'âge, l'état de santé, la nature de la blessure et les capacités avant la chute sont différents pour chacun.

Elle montre en revanche qu'une perte importante de capacités à un moment donné ne permet pas toujours de préjuger de ce qu'une personne pourra retrouver avec du temps et une prise en charge adaptée.

L'entourage peut aider, parfois sans faire à la place

Après une chute, les proches ont naturellement tendance à vouloir protéger.

Cette aide peut être indispensable, particulièrement au début. Mais lorsque la récupération avance, il faut aussi laisser à la personne la possibilité de refaire certaines choses par elle-même lorsque les conditions de sécurité le permettent.

Faire systématiquement à sa place peut involontairement lui envoyer le message qu'elle n'en est plus capable.

A l'inverse, pousser trop rapidement quelqu'un à reprendre une activité qu'il redoute peut renforcer son inquiétude.

Entre les deux, il existe une approche plus progressive : accompagner, sécuriser et laisser la personne essayer ce qu'elle est réellement en mesure de faire.

Cela demande parfois du temps. Une réussite qui semble minime à un proche peut représenter une étape importante pour quelqu'un qui, quelques semaines auparavant, n'osait plus effectuer ce geste.

Quand faut-il être accompagné ?

Après une chute ayant entraîné une blessure, des douleurs persistantes ou une diminution importante des capacités, la priorité reste naturellement la prise en charge médicale et, lorsqu'elle est indiquée, la rééducation avec les professionnels de santé concernés.

Le coaching sportif intervient dans un autre cadre.

Une fois la situation compatible avec la reprise d'une activité physique, un travail individualisé peut contribuer à retrouver de la force, de la mobilité, de l'équilibre et davantage d'aisance dans les gestes du quotidien.

L'intérêt d'un accompagnement individuel est aussi de pouvoir adapter les exercices à ce que la personne peut réellement faire ce jour-là. Pour certains, l'objectif sera de reprendre les promenades. Pour d'autres, ce sera d'abord de réussir à se relever plus facilement, de traverser l'appartement avec assurance ou de monter quelques marches.

Ce sont ces objectifs concrets qui donnent du sens au travail physique.

Après une chute, ce que l'on n'ose plus faire aujourd'hui n'est pas forcément définitivement perdu

Une chute peut créer une rupture. Il y a ce que l'on faisait spontanément avant et ce que l'on n'ose plus faire après.

Cette peur mérite d'être prise au sérieux, mais elle ne doit pas nécessairement être considérée comme définitive.

La confiance peut revenir progressivement lorsque les capacités physiques s'améliorent et que les expériences positives se répètent. Une chaise dont on se relève plus facilement, quelques pas effectués sans appréhension, un escalier que l'on recommence à utiliser ou une première sortie réussie peuvent devenir autant de repères concrets.

L'objectif n'est pas de retrouver coûte que coûte exactement la vie d'avant. Il est de récupérer, autant que possible, suffisamment de capacités et de confiance pour continuer à faire soi-même ce qui compte dans sa vie quotidienne.

Après une chute, retrouver de la force permet de nouveau de faire certaines choses. Retrouver confiance permet d'oser les faire.

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